Quand un manager s’épuise : ce n’est pas seulement un problème individuel

Quand un manager s’épuise, la charge de travail n’explique pas toujours tout. Tenir coûte que coûte, porter seul et ne pas demander d’aide peuvent créer un engrenage qui fragilise progressivement sa capacité à manager.

Quand un manager commence à s’épuiser, les signes sont souvent là.

Les journées deviennent une succession d’urgences. Le travail déborde sur les soirées. Le sommeil se dégrade, l’irritabilité augmente.

Mais il continue.

Parce qu’il faut tenir. Parce qu’il ne veut pas lâcher son équipe. Parce qu’il pense pouvoir tenir encore un peu.

C’est la situation de Pierre, 42 ans, manager d’une équipe support dans une entreprise de services numériques, que nous explorons avec Fabienne Broucaret dans l’épisode 50 des Petits Cailloux :

« Je suis au bord du burn-out. Je le sens physiquement et mentalement, mais je continue quand même pour ne pas lâcher mon équipe. Mes journées sont une course : réunions, urgences, arbitrages, messages en continu… et le soir je rattrape ce que je n’ai pas eu le temps de faire. Je dors mal, je suis irritable, je perds patience pour des détails. Je culpabilise de ne pas être plus solide. Alors au bureau je fais semblant que ça va. »

Le danger n’est pas seulement la charge de travail

Face à ce type de situation, on pense naturellement à la charge de travail : trop de réunions, trop d’urgences, trop de sollicitations, pas assez de temps.

Et bien sûr, elle compte.

Mais derrière l’épuisement, il y a aussi ce qui se joue à l’intérieur du manager : le sentiment de devoir tenir coûte que coûte, la croyance qu’un manager doit être « fort » pour son équipe, la difficulté à montrer ses limites ou à demander de l’aide.

Chez Pierre, deux injonctions semblent particulièrement alimenter cette mécanique : « sois fort » et « sois parfait ».

Lorsqu’elles prennent trop de place, le repos devient plus difficile à s’autoriser, demander de l’aide peut ressembler à un aveu de faiblesse et poser une limite devient culpabilisant.

Le manager compense alors davantage. Contrôle davantage. Porte davantage.

Et l’engrenage s’auto-alimente.

Quand vouloir protéger son équipe finit par la fragiliser

C’est là tout le paradoxe.

Pierre continue parce qu’il ne veut pas lâcher son équipe. Pourtant, à mesure que ses ressources diminuent, ce n’est pas seulement sa fatigue qui augmente.

La patience diminue. La nuance devient plus difficile. Les réactions prennent davantage de place.

Le discernement managérial lui-même commence à se fragiliser.

Les décisions peuvent devenir plus réactives que réfléchies, la relation à l’équipe se tendre et le manager perdre progressivement l’ancrage qu’il cherchait précisément à préserver.

Parce que le manager est aussi un régulateur émotionnel : son état influence la qualité des décisions, la relation à l’équipe… et l’énergie collective.

Prendre soin de soi n’est donc pas seulement une affaire personnelle.

C’est aussi une responsabilité managériale.

Sortir de la logique du manager sauveur

Lorsque le manager commence à s’épuiser, une autre question devient alors nécessaire : est-il encore en train de tenir son rôle de manager… ou est-il progressivement devenu le sauveur du système ?

À force de vouloir protéger son équipe, il peut finir par tout absorber : les urgences, les problèmes, les tensions, les arbitrages, parfois même ce qui pourrait être délégué ou différé.

Et plus il absorbe, plus le système peut continuer à fonctionner comme si tout allait bien.

Dans le cas de Pierre, cette mécanique va jusqu’à la solitude émotionnelle. Il fait semblant que ça va. Son entourage perçoit peut-être son irritabilité, mais personne ne sait réellement ce qu’il traverse.

Sortir de l’engrenage commence alors parfois par quelque chose de très simple et de très difficile : ne plus rester seul avec la situation.

Les questions à vous poser

Si vous vous reconnaissez dans cette situation, prenez un moment pour vous demander :

  • Quels signaux mon corps et mes émotions sont-ils en train de m’envoyer aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce que je suis en train de vouloir protéger… au prix de ma santé ?
  • Suis-je encore dans mon rôle de manager ou suis-je devenu le sauveur du système ?
  • Qu’est-ce qui pourrait être délégué, différé ou clarifié dans mes priorités ?
  • Si je continue ainsi trois mois, que va-t-il se passer pour moi… et pour mon équipe ?
  • À qui pourrais-je parler maintenant pour ne pas rester seul face à cette situation ?

Le courage d’un manager n’est pas de tenir. C’est de ne pas rester seul.

Pour aller plus loin

🎧 Dans l’épisode 50 des Petits Cailloux (Courrier Cadres), avec Fabienne Broucaret, nous décryptons la situation de Pierre et ce moment où un manager continue à tenir alors que le corps et la tête commencent à dire stop.

🎙️ Dans l’épisode 23 de Pratiques du Management (Groupe Revue Fiduciaire), avec Frédérique Roseau, nous abordons une question complémentaire : Comment manager quand on est fatigué ?

Aurélie Durand
Aurélie Durand

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